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MO NAMOUR de C PONTI

THEMES : MALTRAITANCE MANIPULATION COMMENT LA VIOLENCE PEUT SE GLISSER DERRIERE UN DISCOURS FAUSSEMENT GENTIL Après un accident de voiture, Isée - se croyant orpheline - s’en va "chercher un pays où elle sera mieux". Elle finit par tomber sur Torlémo, un géant un peu brutal, qui l’appelle Mô-namour, car il l’aime. Mais est-ce vraiment de l’amour ?

La cuvée Ponti 2011 a tout d’un grand cru. Belle robe, forte en bouche, avec ce qu’il faut de violence et d’amertume pour mieux goûter son mystère. A ceux qui penseraient que sa créativité pourrait trouver des limites, Mô-Namour, son dernier album, apporte un virulent démenti. Images et mots se cognent, se choquent, s’entrecarabistouillent dans une histoire dure et sensible, prêtant à des lectures multiples. Enfants et adultes ne liront pas cet album de la même façon mais ils y trouveront tous matière à réflexion, plaisir et questionnements.

La vie d’Isée bascule lorsqu’un arbre Borderoutt se retrouve endormi en plein milieu de la chaussée sur laquelle roule la voiture de ses parents. Alors que ces derniers disparaissent dans le ciel, Isée et son doudou Tadoramour retombent parmi les débris. « Ils sont si hauts qu’ils doivent… être morts », se dit-elle, « le cerveau tout embrouillaminé ». Commence alors un cheminement plein de surprises et d’embûches, de transformations et de révélations dans un univers à la fois des plus simples et des plus loufoques où les éléments sont aussi changeants que les personnages, où l’on bâtit des maisons dans des forêts de bois mort, des véhicules dans des cossavoyages, où l’on retrouve sa tête au bout de quelques vignettes, où la dynamique de la composition nous emporte dans un tourbillon de vivacité.

Isée sort de sa cachette lorsque surgit Torlémo un géant mi-ogre mi-nounours qui lui propose de venir jouer à la baloune et pâtisser pour lui. Il la rebaptise Mô-Namour et lui dit qu’il l’aime. Isée se prête aux jeux mais elle se trouve reléguée au statut de ballon de foute, de volant. Torlémo est content mais, de ces jeux qui font mal et de ces gâteaux à plateforme incapables de le rassasier, Isée sort de plus en plus « plein-tournebouliglinguée ». Une étoile viendra lui révéler la vérité de sa douleur. Isée trouve alors dans sa colère la force de se révolter et de dire au monstre ses quatre vérités.

Il n’y résistera pas, finissant en tas d’os. Le parcours n’est pas fini mais Isée a affronté ses peurs et elle ne se laissera plus faire. Accompagnée de Tadoramour et de son étoile, elle avance, faisant face aux autres monstres et retrouvant même ses parents.

Comme dans les précédents albums, la trame suit ce mouvement, tantôt ralenti, tantôt accéléré par lequel le personnage enfantin traverse des étapes essentielles de son affirmation. C’est là l’une des grandes forces de Ponti, que de réaffirmer à chaque fois, sans didactisme ni bonne conscience, que c’est l’enfant lui-même qui possède les ressources de se libérer, de s’affranchir de ce qui pèse sur sa vie. Et ici, la violence ne manque pas : accident et deuil, solitude, déni d’identité et exploitation, maltraitances sous toutes les formes. Mais il ne faut pas confondre notre vision et notre sensibilité d’adulte avec celle des enfants. Cet album s’adresse à eux avec la véracité du rêve, la folie de l’imagination débridée, la saveur des bidouillages de mots. Ponti sait doser à la perfection l’effrayant et le drolatique, allier la fiction pure à la vérité des sentiments bruts. Comme l’étoile tombée de la douleur, il chuchote à notre oreille les choses que l’on n’a pas envie d’entendre et qui font la vie. Ces choses vraies auxquelles il faut se confronter afin de grandir et d’avancer.

A partir de 6 ans C Ce qu’en dit Claude Ponti : "J’ai mis des années avant de trouver la manière de dire ça, qu’on peut dire qu’on aime et en même temps faire du mal et cette notion de n’avoir dans la vie que telle ou telle personne au monde. Un père et une mère sont irremplaçables, par exemple, et si ces personnes font du mal, c’est terrible pour l’enfant, c’est l’impasse. J’ai choisi une situation générique (Torlémo ça peut être n’importe qui), et une manipulation concrète (jouer au ballon). Les enfants peuvent avoir des angoisses terribles sans même savoir que ce sont des angoisses. Quand l’étoile parle à Isée, c’est sa douleur qui lui parle et qui procède au déshabillage de l’illusion." Rien n’est jamais foutu

Mais il ne faut pas dramatiser. Claude Ponti ne ferme jamais les portes. Ce dont il parle n’est pas toujours rose, mais il montre aux enfants que quelles que soient les douleurs et les difficultés, il y a des moyens de trouver des issues, des passages, des solutions, des espaces "où le monde a l’air intéressant, les arbres sont tranquilles" et où on peut "vivre des aventures sans soucis".

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