L'OCCE, qu'est ce que c'est?

- L'OCCE, vous connaissez?

- L'OCCE? Ah oui, les coopératives!..

  Il nous semble qu'une petite mise au point s'impose...

S'il est vrai que l'OCCE permet aux écoles de gérer leur coopérative, l'Office Central de la Coopération à l'Ecole est surtout un organisme national qui fédère la vie et l'action pédagogiques d'environ 50 000 coopératives scolaires et Foyers coopératifs. Plus de 4 millions d'enfants ou adolescents, de la maternelle au post-bac, rencontrent la coopération grâce à l'OCCE.

Cependant, le réseau de solidarité pédagogique ainsi constitué reste encore trop mal connu du public. Certes, notre façon de voir «les choses de la classe» et (davantage encore) notre soutien constant de passer à l'acte pédagogique en classe ont marqué, en partie, l'évolution récente du système scolaire français. Mais, au-delà des pratiques très variées, au-delà de la relation Maître/classe chaque fois différente, nous affirmons un certain nombre de préoccupations et de tentatives de réponses formulées dans ce qu'il convient d'appeler un système de valeurs. Pour nous, depuis très longtemps, l'enfant est au centre du projet et le citoyen à venir est l'objet d'une construction.

Et maintenant, un peu d'histoire...

Fin du XIXème 1 928, l'époque des semis.

L'apparition des courants coopératifs , mutualistes, associatifs -fondements de ce que l'on appelle actuellement «l'économie sociale» marque la fin du XIX ème siècle. C'est tout naturellement dans cette mouvance que la coopération scolaire va, au fil des ans, trouver sa place.

Les années qui suivent la promulgation des lois Jules Ferry déclarant l'école publique laïque et gratuite voient naître les premiers essais de coopératives scolaires.

En 1899, un appel lancé en faveur de la coopération scolaire dans l'Almanach de la Coopération Française la fait reconnaître. Le vote de la loi de 1901 va officialiser le droit de s'associer et favoriser l'essor des associations «à but non lucratif».

En 1922, alors que le mouvement associatif est essentiellement représenté par la Ligue de l'Enseignement fondée par Jean MACÉ, une Commission Nationale de l'Enseignement de la Coopération est créée par Ia Fédération Nationale des Coopératives de Consommation.

Deux courants s'opposent alors: Emile BUGNON, fondateur des «Coopératives de Lorraine», sous I'impulsion de Charles GIDE, pensait utiliser les coopératives scolaire pour pallier les insuffisances économiques.

Barthélémy PROFIT, sans rejeter les idées de son collègue inspecteur , souhaitait leur donner une part d'autonomie par rapport à la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation. Il n'hésitait pas à parler de «cette petite république qu'est la coopérative».

1928, des racines bien fixées

Les racines de la coopération sont bien ancrées, il reste à leur donner un statut officiel.

1928 voit la création d'un Office Central des Coopératives Scolaires devenu, en 1929, I'Office Central de la Coopération à l'Ecole. C'est une association nationale, régie par la loi de 1901, dont le président, le premier de l'O.C.C.E, sera Emile BUGNON.

Les successeurs de ces deux pionniers de la coopération scolaire surent allier ces deux tendances: I'entreprise de production marquée par l'initiation aux problèmes économiques et «I'école organisée socialement» en y ajoutant, avec l'apport de Célestin FREINET, une troisième dimension: la transformation de l'école traditionnelle en une école moderne où les valeurs pédagogiques prennent toute leur importance.

Pour la petite histoire, notons que la première «section départementale » adhérente de l'O.C.C.E celle de l'lndre-et- Loire, en 1930 suivie par la Seine, les Ardennes, la Creuse, I'Yonne, la Haute-Savoie et la Haute-Vienne. En 1936, Jean ZAY, ministre de I'lnstruction Publique du Front Populaire, adresse aux instituteurs une circulaire pour recommander la coopération scolaire dans classes primaires.

L'Office, qui comptait 45 « sections» en 1939, sort exsangue du second conflit mondial. Seuls quelques départements réussissent à garder le contact.

Mais l'intérêt pédagogique de la Coopération Scolaire n'échappe pas au Directeur de l'Enseignement du Premier degré (M. BESLAIS) qui n'hésite pas à le rappeler dans note du 1er avril 1945.

Dès l'année suivante, une trentaine de sections se manifestent à nouveau. C'est un départ neuf

1948, un tronc solide

Pour ses 20 ans, en 1948, le congrès de Tours fait sienne la définition de Jean de SAINT AUBERT:

«Dans l'enseignement public, les coopératives scolaire sont des sociétés d'élèves gérées par eux avec le concours des maîtres en vue d'activités communes. Inspirées par un idéal de progrès humain, elles ont pour but l'éducation morale, civique et intellectuelle des coopérateurs par la gestion de la société et le travail de ses membres».

Cette définition a traversé les décennies, sans prendre une seule ride.

1948 à nos jours, une floraison d'idées et d'initiatives

1957 voit la naissance de «AMIS COOP» un journal destiné aux enfants, le pendant de la «Revue de la Coopération Scolaire» destinée aux adultes.

1961 sera marqué par l'organisation du premier congrès des jeunes coopérateurs.

Au cours des années 60, par le biais d'échanges de jeunes et d'enseignants coopérateurs, I'O.C.C.E prend une dimension internationale.

1968 Reconnaissance d'Utilité publique de l'Office Central de la Coopération à l'Ecole.

1976 Création du bimestriel pédagogique «Animation & Éducation». Il compte, aujourd'hui, plus de 50.000 abonnés.

1978 Déclaration: «La coopérative est une association d'enfants, d'adolescents et de membres de I'enseignement public coopérant à l'entreprise éducative avec les parents, les femmes et les hommes qui constituent l'envi ronnement social de l'école».

En 1988, à Tours, nous changeons de statuts. L'Office Central de la Coopération à l'Ecole devient une Fédération. Les 100 associations départementales deviennent , désormais, des entités juridiques .

Aujourd'hui, des fruits sains

L'O.C.C.E a l'agrément Éducation Nationale au titre des associations éducatives complémentaires de l'enseignement public (renouvelé en 1995 pour 5 ans) et a obtenu en 1992, auprès du Secrétariat d'Etat Jeunesse et Sports, I'agrément au titre "Association jeunesse et éducation populaire".

70 ans après la création officielle de l'O.C.C.E, nos valeurs ont perduré. Nous avons gardé nos attaches avec les mouvements coopératifs et nous continuons à siéger au Groupe ment National de la Coopération et au Conseil Supérieur de la Coopé ration. Nous comptons plus de 4.000.000 d'adhérents répartis dans les près de 50 000 coopératives regroupées au sein des 100 associations départementales. Nos adhérents sauront, sans nul doute, assurer la récolte et récupérer les précieuses graines qui permettront de composer l'histoire de l'avenir de l'O.C.C.E et de la Coopération Scolaire !

 

 Mais enfin, c'est quoi exactement une classe coopérative?

Dans une classe coopérative, quelle que soit la nature du «projet» (apprendre à lire, à compter, préparer une exposition ou une classe transplantée...), I'essentiel ne réside pas dans les performances individuelles, mais dans la réus site de tous grâce au travail de chacun.

Concrètement, dans une classe coopérative, il existe des règles, des «lois» qui vont créer le «climat», modifier les relations tions au sein de la classe et permettre aux élèves, comme le dit André de Péretti, «(d)'apprendre avec les autres, et pour les autres et non pas seul contre les autres.»

Quelques lois pour créer une situation pédagogique coopérative:

  • Droit à l'expression.
  • Dans la classe sont reconnus le droit à l'erreur, le droit au doute, le droit à l'oubli ou au non-savoir et le devoir d'écoute. • Les élèves ont le droit, chaque fois que la nécessité se présente, de se faire aider par un ou plusieurs camarades et le devoir de secourir un camarade en difficulté (affective physique, relationnelle ou intellectuelle).
  • La réussite de chacun est l'affaire de tous et pas seulement celle des adultes.
  • Toutes les décisions se prennent avec l'ensemble du groupe réuni en conseil, celui-ci pouvant se réunir à n'importe quel moment en cas d'urgence...

Une autre loi, pédagogique celle-ci, fondamentale dans le cadre de la formation du citoyen-élève, sous-entend que, dans une classe coopérative, les apprentissages (cognitifs, relationnels, moteurs...) se construisent activement en coopération, en interaction autour de situations-pro blèmes et non individuellement, en compétition avec les autres.

L'organisation coopérative change le statut de l'enfant et de l'adulte. Pour rendre les élèves responsables et acteurs dans tous les aspects de la vie de l'école et pour ne pas en rester aux mots et aux idées générales, la classe coopérative s'appuie sur un certain nombre de pratiques pédagogique et de structures visant à déléguer, réellement, aux élèves, une partie du pouvoir et des responsabilités de l'enseignant et permettant de donner du sens «au métier d'élève».

Des pratiques pédagogiques .

  • Les rôles...
  • Le travail de groupe;
  • Le monitorat et l'entraide;
  • L'échange des savoirs; .
  • Le projet plaçant les enfants en face de tâches présentant des défis et sollicitant, ainsi, le conflit intellectuel; .
  • La co-évaluation;
  • L'auto-évaluation (évaluation formatrice) ...

Des structures

  • La coopérative;
  • Le conseil de coopérative;
  • Le bureau;
  • Les délégués;
  • Le conseil de délégués-élèves.

Des outils

  • Les contrats;
  • Les plans de travail;
  • Les fichiers de travail;
  • La correspondance scolaire et le voyage-échange;
  • Le journal de classe ou d'établissement.

Dans une classe coopérative, tous les «citoyens de la société-classe» sont responsables, au niveau qui est le leur (en fonction de l'âge, de l'expérience, de la maturité...), de la vie de la classe en général et de l'émancipation de chacun de ses membres. Ce n'est pas seulement au maître, au directeur ou aux parents de résoudre le problème, de gérer le conflit ou l'échec scolaire, mais c'est, aussi et surtout, au groupe à envisager des réponses aux questions qui se posent:

  • Que peut-on faire pour aider tel élève dans telle discipline ?
  • Comment améliorer les relations dans la classe ?
  • Que faire quand on a fini son travail ?
  • Comment se procurer l'argent pour notre projet de classe transplantée ?
  • Comment intervenir dans une bagarre ou un conflit verbal ?
  • Que faire quand un membre du groupe gêne les autres ?
  • Comment aider un camarade à apprendre une leçon?
  • Quelles sanctions en cas de non-respect des règles de vie ?...

... Autant de questions, de situations-problèmes en prise directe sur la vie de la classe qui, analysées collectivement, permettront l'élaboration de nouvelles règles, la création de nouvelles structures ressenties comme nécessaires au bon fonctionnement de la classe et à la réussite de chacun.

La coopération: la démocratie en acte. L'apprentissage de la démocratie et l'exercice de la citoyenneté ne peuvent se concevoir de façon exclusivement théorique. L'un et l'autre nécessitent la mise en œuvre de pratiques pédagogiques reconnaissant l'enfant comme un individu à part entière et s'appuyant sur les principes fondamentaux de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et de la Déclaration des Droits de l'Enfant. L'organisation coopérative, au travers des structures qu'el le institue, des pratiques pédagogiques qu'elle met en œuvre et du tissu relationnel sur lequel elle s'appuie, per met à l'enfant d'exercer activement sa vie civique.

Les règles de vie, co-construites par l'enseignant et les élèves dans le respect de tous les points de vue, de toutes les différences, élaborées grâce à l'argumentation sont évolutives . Ces règles créées, adoptées, modifiées sont «assimilées» et constituent une loi, car elles deviennent le bien commun de la classe. L'enfant placé dans cette situation de communication authentique, vit la démocratie grâce à ces règles qui fon dent un cadre institutionnel ouvert sur la société.

La gestion financière au service du projet. Elle se situe à deux niveaux: la coopérative de classe et la coopérative d'école, dite encore coopérative "centrale". Ces deux structures sont complémentaires, la coopérative d'école fédérant les coopératives de classe. Dans un établissement du second degré, le Foyer coopératif est une association autonome.

La coopérative de classe

La gestion financière est assurée par les élèves chaque fois que leur âge et leur maturité le permettent, sous le tuto rat et la responsabilité de l'enseignant. Elle est pédagogique et démocratique: les élèves proposent des idées de recettes pour financer leurs projets et décident ensemble des dépenses liées au fonctionnement pédagogique de la classe. Cette gestion concrète se fait sur un cahier de comptabilité . Elle est en relation avec la comptabilité générale de l'école: en fin d'arnnée, les coopérateurs de la classe décident de verser l'argent à la coopérative de la classe où ils iront, si elle existe. Dans le cas contraire, ils peuvent décider de laisser l'argent aux futurs coopérateurs de la classe qu'ils quittent.

La coopérative d'école

Elle gère les finances de toute la collectivité scolaire. Elle répond aux besoins en équipement collectif, sans se substi tuer aux collectivités territoriales. Elle est le support de l'or ganisation de projets concernant plus d'une classe. La gestion est assurée par des délégués de classe, par des enseignants auxquels peuvent être associés des parents, avec voix consul tative. Elle se fait avec des outils appropriés: cahier de comptabilité générale ou logiciel de gestion OCCE. Chaque année, un Compte Rendu Financier et d'Activités Statutaires fait apparaître le compte de résultats et le bilan. Il est approuvé et signé par au moins deux Vérificateurs aux comptes, enseignants ou parents extérieurs à la gestion, qui attestent la régularité et la bonne tenue des comptes.